À L'OUEST RIEN DE NOUVEAU

Erich Maria REMARQUE

1929

   Nous voyons des gens, à qui le crâne a été enlevé, continuer de vivre ; nous voyons courir des soldats dont les deux pieds ont été fauchés ; sur leurs moignons éclatés, il se traînent en trébuchant jusqu'au prochain trou d'obus ; un soldat de première classe rampe sur ses mains pendant deux kilomètres en traînant derrière lui ses genoux brisés ; un autre se rend au poste de secours, tandis que ses entrailles coulent par-dessus ses mains qui les retiennent ; nous voyons des gens sans bouche, sans machoire inférieure, sans figure ; nous rencontrons quelqu'un qui, pendant deux heures, tient serré avec les dents l'artère de son bras, pour ne point perdre tout son sang ; le soleil se lève, la nuit arrive, les obus sifflent ; la vie s'arrête.

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   Il tomba en octobre mil neuf cent dix-huit, par une journée qui fut si tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler qu'à l'ouest il n'y avait rien de nouveau.

   Il était tombé la tête en avant, étendu sur le sol, comme s'il dormait. Lorsqu'on le retourna, on vit qu'il n'avait pas dû souffrir longtemps. Son visage était calme et exprimait comme un contentement de ce que cela s'était ainsi terminé.


Extrait de :



LE LIVRE DE POCHE n°197
Traduction de Alzir HELLA et Olivier BOURNAC
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© ceux du livre et Hans Fraehring pour la mise en forme
Mise à jour 24/10/2018



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