LE TRAVAIL C'EST L'ESCLAVAGE LA DIGNITÉ

   Il y a plus d'un siècle un grand dirigeant socialiste, je ne me rappelle plus si c'était Jaurès ou Ferry, a popularisé ce slogan : ''Le travail c'est l'esclavage''. Aujourd'hui tous les politiciens, de l'extrême-droite à l'extrême-gauche en passant par les diverses tendances crypto-neo-''socialistes'', affirment que le travail c'est la dignité. Because l'indignité du chômage évidemment.

   Un peu d'histoire d'abord. L'empire romain déjà avait été confronté aux problèmes du chômage. Le nombre croissant de prisonniers de guerre, main-d'œuvre gratuite d'esclaves, avait privé toujours plus de citoyens de travail rémunéré. Les politiciens d'alors taxèrent donc les esclaves et, avec le produit de cet impôt, offrirent aux nouveaux chômeurs du pain et des jeux, ces derniers consistant essentiellement à réunir dans des cirques des tigres, machos, esclaves, lions, chrétiens, immigrés et autres opposants et à les laisser se battre ou se bouffer entre eux pour la plus grande joie des plébéiens s'empiffrant de chips et de kronenbourgs devant leur télé-réalité, pardon : entassés sur les gradins.

   Par la suite les pénuries de prisonniers de guerre ont fait que les travailleurs ont repris la place volée par les esclaves. Mais c'était compter sans le progrès technologique : les machines à leur tour sont venues prendre à leur compte une partie de la charge des travailleurs. Tant que progrès technologique et consommation croissaient de pair, les travailleurs ont été réellement soulagés par les machines qui les déchargeaient d'une partie généralement la plus pénible de leur labeur et qui permettaient de produire plus avec des effectifs plus ou moins constants. Mais lorsque l'essor de la consommation a commencé à ralentir quand dans le mème temps le progrès s'envolait, la machine, au lieu de soulager l'homme, a lentement pris sa place, créant du chômage. Fallait-il alors, à l'instar des romains, taxer les machines ? Voyons cela d'un peu plus près.

   Dans les années 50 du siècle dernier j'étais un adolescent. Nous n'avions pas de quatre-quatre mais des vélos, pas de télés mais plein de fêtes entre voisins, pas d'hypermarchés mais des jardins. Nous vivions néanmoins heureux, à mon sens bien plus heureux que ne vit aujourd'hui une famille équivalente de même niveau social. En ces temps là le chômage était un choix et pas une contrainte. Et puis la machine s'est mise à remplacer de plus en plus le travail humain, à produire de plus en plus de richesses.

   Où ces richesses sont-elles allées ?

   Contrairement à ce que l'on croit la rentabilité moyenne du capital investi dans des outils de production (c'est-à-dire à l'exclusion des investissements financiers ou patrimoniaux), cette rentabilité moyenne n'a que très peu progressé ces soixante dernières années. Par contre le niveau de vie moyen des travailleurs travaillant a lui plus que quintuplé pendant la même période, après correction de l'inflation bien entendu.

   Les gains de richesses réalisés grâce aux machines semblent donc avoir servi essentiellement à faire progresser le niveau de vie des travailleurs travaillant, ou plus exactement leur pouvoir d'achat puisque le niveau de vie ne dépend pas seulement du pouvoir financier : on peut avoir moins d'argent et un meilleur niveau de vie – comme dans les années 50 citées plus haut par exemple.

   Imaginons maintenant, soyons fous, qu'au lieu d'augmenter le pouvoir d'achat des travailleurs ces richesses issues de la machine auraient été utilisées à augmenter leurs loisirs par diminution de leur charge de travail. Nous vivrions aujourd'hui avec le niveau de vie pas si mauvais que ça des années 50 en ne travaillant en gros que deux à trois mois par an et dans une société sans chômage contraint. D'accord, sans quatre-quatre aussi.

   Stop ! Arrêtez ! N'en jetez plus !

   J'entends bien les cris sourds des politiciens de l'extrême-droite à l'extrême-gauche en passant par les diverses tendances crypto-neo-''socialistes'', des syndicalistes de toutes religions, des propriétaires de quatre-quatre et de bars, des chefs de petites, de moyennes et de grandes entreprises : démagogie, avantages acquis, fasciste, parano, communard, et cætera, et cætera. Mais vous savez, j'ai l'habitude. J'ai eu droit à la même bronca des mêmes quand il y a plus de vingt cinq ans, j'étais alors au parti socialiste (eh oui, mais il y a prescription, d'ailleurs vingt ans avant j'avais fait un tour de piste au parti communiste, il y a prescription aussi), la même bronca quand il y a plus de vingt cinq ans j'ai essayé de parler de TVA sociale alors que ce n'étais pas du tout à la mode : j'avais suggéré qu'il fallait arrêter de financer l'aide sociale par des taxes basées sur un élément en voie de disparition, le travail, mais qu'il fallait la financer par des taxes sur la consommation.

   Le travail c'est la dignité. Plus particulièrement au Bengladesh, en Inde, en Chine et autres paradis pour enfants avides de dignité.

   Comment, ami lecteur ? Ça n'a pas de rapport, c'est pas le même problème ? Voui, voui, voui. Dis-moi, tu portes quoi, là, comme godasses et comme liquette ? Et ton téléphone portable, et ta télé pour ne parler que d'eux ? Tout fabriqué par les grosses mains pleines de doigts de dignes smicards occidentaux ou les mignonnes menottes de dignes petits nenfants orientaux ?

   Con parmi les cons d'une époque formidable.






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