CHEZ LES SINGES HURLEURS

   La coupe d'Europe de football et les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro viennent de permettre au service des sports de France Télévision de donner toute la mesure de son insondable nullité. Un des sommets a été atteint le dimanche 7 août. France Télévision, qui retransmettait les jeux de Rio sur trois de ses chaînes (France 2, France 4 et France Ô), a réussi à diffuser simultanément sur les trois chaînes le même reportage (le match de volley-ball masculin France-Italie) avec sur les trois chaînes les mêmes commentateurs.

   Je me souviens d'une époque lointaine, la télévision n'existait pas encore dans les foyers, où gamin passionné de rugby j'écoutais les samedis après-midis les retransmissions radiophoniques des matchs du Tournoi des Cinq Nations. C'était sur Paris Inter devenu après moultes périgrinations France Inter. Je piquais le quotidien du jour à mes parents, l'ouvrais à la page où un schéma donnait la composition des équipes avec la position des joueurs sur le terrain et écoutais le reporter, je crois que c'était Georges Briquet, me faire vivre à lui tout seul le match comme si j'étais dans le tribunes.

   Aujourd'hui, malgré l'image, il faut au moins deux journalistes ou "consultants" pour émettre dans un français dont même Sarkozy aurait honte des commentaires généralement inutiles, souvent idiots et presque toujours chauvins. Ainsi, dans une compétitions internationale, le public indigène qui siffle un joueur des visiteurs se préparant à tirer une pénalité est indigne, mais le public français faisant de même est un précieux et formidable allié des joueurs nationaux. La finale homme de ping-pong, sans français, est coupée pour permettre d'écouter la Marseillaise préliminaire à je ne sais quel autre compétition. La finale de tir à la carabine trois positions est coupée dès lors qu'un français a obtenu une médaille de bronze, et on ne saura pas lequel des deux tireur restants, au coude à coude, décrochera la médaille d'or. On pourrait en faire des pages sur le sujet, autant que sur les hurlements des commentateurs parmi lesquels un de ceux en charge du volley-ball se distingue particulièrement : vu le nombre de "Aïe aïe aïe" qu'il rugit il doit faire des crises d'hémorroïdes aiguës. Les commentateurs de basket-ball ne sont pas en reste, qui éructent en moyenne, lorsque une équipe française est sur le terrain, au moins cinq "Allez !" par minute (j'ai chronométré), toutefois dépassés par un commentateur de boxe qui atteint lui dix "Allez !" par minute en vitesse de croisière avec des pointes mesurées à près de vingt. C'est d'autant plus lamentable qu'au moment où j'écris ce billet la France est dixième au classement des médailles derrière entre autres l'Australie et la Corée du Sud, et est donc une équipe plutôt moyenne qui ne mérite pas ce déferlement de hurlements payés en partie par ma redevance audiovisuelle.

   Je crois que je vais postuler pour être commentateur sportif. Je connais déjà les paroles. Par exemple, lorsqu'un sportif français est en action : «Allez !... Faut y aller !... Allez !... Allez !... C'est maintenant, faut y aller !... Allez !... Allez !... Oh non !... Non !... Dommage !...». Et pour la musique je vais m'entraîner sérieusement à pousser les indispensables cris de singes hurleurs.

   Bon, on peut couper le son de la télé, mais je suis un vrai amateur de sport et sans le son il manque un peu quelque chose, pas les beuglements des publics, non, mais le coup de feu du starter, le bruit de l'obstacle qui tombe, le cri de l'athlète. On en vient à souhaiter l'élimination la plus rapide possible des gentils et parfois talentueux compétiteurs français pour ne plus entendre les vociférations imbéciles mais autosatisfaites des singes hurleurs.

   On vit une époque formidable.






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