TYPHON

Joseph CONRAD – Typhoon, 1903

   Des morceaux de bois volèrent en sifflant. « Des planches » pensa-t-il avec stupeur, en rejetant brusquement la tête en arrière. Un homme étendu sur le dos, les yeux grands ouverts, glissa à ses pieds, tendant ses bras levés vers le vide ; un autre bondit comme une pierre qui se détache, la tête entre les jambes et les poings serrés ; sa natte fouetta l'air, il essaya d'empoigner les jambes du maître d'équipage en laissant échapper de sa main un brillant disque blanc qui vint rouler aux pieds du marin ; avec un cri de stupeur celui-ci reconnut un dollar d'argent. Le monticule brillant des corps empilés à bâbord se détacha de la paroi avec un bruit de pas précipités, un clapotement de pieds nus et force cris gutturaux, glissa puis alla se plaquer inerte et révolté contre la paroi du tribord dans un choc mat et brutal. Les cris cessèrent. Le maître d'équipage perçut une longue plainte parmi les abois du vent et les sifflements. Il vit une inextricable confusion : têtes, épaules, pieds nus ruant en l'air, poings levés, dos culbutés, jambes, nattes et visages.
Extrait de



FOLIO n416
Traduction de André GIDE
Éditions Gallimard, 1918




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