LIBERTY BAR

Georges SIMENON – 1932


   Il se souvenait de la phrase d'un ami à qui il offrait l'apéritif.

   « Qu'est-ce que tu bois ?

   – Une gentiane !

   – Quelle est cette nouvelle mode ?

   – Ce n'est pas une mode ! C'est la dernière ressource de l'ivrogne, vieux ! Tu connais la gentiane. C'est amer. Ce n'est même pas alcoolisé. Eh bien, quand pendant trente ans on s'est imbibé d'alcools divers, il ne reste plus que ce vice-là, il n'y a que cette amertume à émouvoir les papilles... »

   C'était bien cela ! Un endroit sans vice, sans méchanceté ! Un bar où l'on entrait immédiatement dans la cuisine et où vous accueillait la familiarité de Jaja !

   Et l'on buvait, pendant qu'elle faisait sa popote ! On allait chercher soi-même, chez le boucher voisin, le morceau de barbaque ! Sylvie descendait, à moitié nue, et on l'embrassait au front, sans même regarder ses seins pauvres.

   Il ne faisait pas très propre, pas très clair. On ne parlait pas beaucoup. La conversation se traînait, sans conviction, comme les gens...
Extrait de



LE LIVRE DE POCHE SIMENON n2919
© A. Fayard et Cie, 1932




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