LA TERRASSE DES BERNARDINI

Suzanne PROU – 1973

   On dit que Paul s'était retiré de bonne heure, emportant son fusil dans sa chambre pour le nettoyer.

   On l'imagine bien dans cette pièce qui était assez peu ornée, mais vaste, assis devant la cheminée où le feu finissait de brûler à flammes courtes, puis reprenait de la vigueur, lançait un éclat bref, rouge et blanc. Paul avait posé près de lui son attirail : les tringles et les mèches de feutre, la boîte à graisse. Par inadvertance, il avait omis de décharger l'arme dans laquelle une balle restait encore, une de celles qui servent pour abattre les sangliers. Il a fait jouer la gâchette. Il a reçu la décharge en plein front.

   Laure, à pas étouffés, gravissait l'escalier, le fusil au bras. Elle savait marcher légèrement, malgré sa corpulence ; elle effleurait les degrés, évitait les places où le bois eût craqué. Paul n'a eu que le temps de lever la tête de dessus le journal, d'ouvrir la bouche pour un cri de stupeur et d'effroi : déjà l'arme crachait, l'homme s'effondrait, tête éclatée. Devant le feu mourant, Laura a placé la boîte de graisse ouverte, les mêches de feutre, les tringles. Puis elle a installé Paul dans une pause naturelle : la pose naturelle d'un homme qui vient, par étourderie, de se tirer une balle dans le front.
Extrait de



PRESSES POCKET n 2533
© Calmann-Lévy, 1973




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