CONTES

Jean de la FONTAINE – 1665-1674

LA VÉNUS CALLIPYGE

Du temps des Grecs deux sœurs disoient avoir
Aussi beau cul que fille de leur sorte ;
La question ne fut que de savoir
Quelle des deux dessus l'autre l'emporte.
Pour en juger un expert étant pris,
À la moins jeune il accorde le prix,
Puis l'épousant lui fait don de son âme ;
À son exemple un sien frère est épris
De la cadette, et la prend pour sa femme.
Tant fut entre eux à la fin procédé,
Que par les sœurs un temple fut fondé
Dessous le nom de Vénus belle fesse
Je ne sais à quelle intention ;
Mais c'eût été le temple de la Grèce
Pour qui j'eusse eu plus de dévotion.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

LE BAISER RENDU

Guillot passoit avec sa mariée.
Un gentilhomme à son gré la trouvant :
« Qui t'a, dit-il, donné telle épousée ?
Que je la baise, à charge d'autant.
– Bien volontiers, dit Guillot à l'instant :
Elle est, monsieur, fort à votre service. »
Le monsieur donc fait alors son office
En appuyant. Perronnelle en rougit.
Huit jours après, ce gentilhomme prit
Femme à son tour : à Guillot il permit
Même faveur. Guillot, tout plein de zèle :
« Puisque, dit-il, monsieur est si fidèle,
J'ai grand regret, et je suis bien fâché
Qu'aillant baisé seulement Perronnelle,
Il n'ait encore avec elle couché. »
Extrait de



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