ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

Lewis CARROLL – Alice's Adventures in Wonderland, 1865

   Soit que le puits fût très profond, soit que la fillette tombât très lentement, elle s'aperçut qu'elle avait le temps, tout en descendant, de regarder autour d'elle et de se demander ce qui allait se passer. D'abord, elle essaya de regarder en bas pour voir où elle allait arriver, mais il faisait trop noir pour qu'elle pût rien distinguer. Ensuite, elle examina les parois du puits, et remarqua qu'elles étaient garnies de placards et d'étagères ; par endroit des cartes de géographie et des tableaux se trouvaient accrochés à des pitons. En passant, elle prit un pot sur une étagère ; il portait une étiquette sur laquelle on lisait : CONFITURE D'ORANGES, mais, à la grande déception d'Alice, il était vide. Elle ne voulut pas le laisser tomber de peur de tuer quelqu'un, et elle s'arrangea pour le poser dans un placard devant lequel elle passait, tout en tombant.

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   Alice n'avait jamais vu un terrain de croquet aussi bizarre : il était tout en creux et en bosses ; les boules étaient des hérissons vivants ; les maillets des flamants vivants ; et les soldats devaient se courber en deux, pieds et mains placés sur le sol, pour former des arceaux.

   Dès le début, Alice trouva que le plus difficile était de se servir de son flamant : elle arrivait sans trop de peine à le tenir plein corps sous son bras, les pattes pendantes, mais, généralement, au moment précis où, après lui avoir mis le cou bien droit, elle s'apprétait à cogner sur le hérisson avec sa tête, le flamant ne manquait pas de se retourner et de la regarder bien en face d'un air si intrigué qu'elle ne pouvait s'empêcher de rire ; d'autre part quand elle lui avait fait baisser la tête et s'apprêtait à recommencer, elle trouvait on ne peut plus exaspérant de s'apercevoir que le hérisson s'était déroulé et s'éloignait lentement ; de plus il y avait toujours un creux ou une bosse à l'endroit où elle se proposait d'envoyer le hérisson ; et comme, en outre, les soldats courbés en deux n'arrêtaient pas de se redresser pour s'en aller vers d'autres parties du terrain, Alice en vint bientôt à conclure que c'était vraiment un jeu très difficile.


Extrait de



FOLIO JUNIOR n°117
Traduction de Jacques PAPY
© Société Nouvelle des
Éditions Jean-Jacques Pauvert, 1961




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