325.000 FRANCS

Roger VAILLAND – 1955

   Il regarda l'horloge : deux heures vingt-cinq. Il compta : sa main restait six secondes et demie dans le moule. Il trancha la carotte, sépara les carrosses. Il dit à voix haute :

   « Assez plaisanté ! »

   Il jeta dans la caisse les deux carrosses symétriques. Il décida : « Je vais replacer le coupe-circuit... Sauvé ! » Le voyant rouge s'alluma. Il détacha, trancha, sépara, jeta, détacha, trancha...

   L'horloge marqua deux heures quarante-deux. Il poussa un cri. L'ouvrier de la presse la plus proche se trouva tout de suite près de lui. La main était engagée jusqu'au poignet dans le moule fermé.

   Bussard avait la bouche grande ouverte, comme pour hurler, mais aucun bruit n'en sortait. L'ouvrier passa les mains sous ses épaules pour le soutenir.

   Le moule s'ouvrit. Bussard s'affaissa contre la poitrine de l'ouvrier.

   Les autres accouraient. L'un d'eux était déjà au téléphone. Le Bressan dormait toujours.

   La main tout entière broyée. Une pression de plusieurs milliers de kilos. Des brûlures jusqu'au coude : un volume de matière en fusion exactement égal à celui de la chair et des os qui emplissaient le moule avait fusé par les joints.

   On lui fit un garrot. L'ambulance arriva. Les autres ouvriers retournèrent à leurs presses.
Extrait de



LE LIVRE DE POCHE n 986
© Éditions Corrêa Buchet-Chastel




Les extraits reproduits sur Bonnes Feuilles le sont pour vous faire découvrir ou redécouvrir les œuvres concernées, que le créateur du site a aimées,
à l'exclusion de toute intention publicitaire ou commerciale d'aucune sorte.


Tous les sites de cet espace sont sans publicité, sans cookies, sans Twitter, sans Facebook, et assimilés depuis 1998.

Ils ne font appel à aucun artifice pour être référencés en tête par les moteurs de recherche. Si vous les avez aimés signalez-les à vos amis.






Site non commercial créé en 2013.
Dernière mise à jour : 2019. © ceux de l'ouvrage cité et Hans Fraehring
Responsable légal : Hans Fraehring.