C'est la vie • • Didier est mort

Fesser un rejeton insupportable est aujourd'hui légalement interdit. J'ai ramassé pour ma part un paquet de raclées soigneusement administrées par mon grand-père maternel – je n'ai connu mon père qu'à l'âge de trois ans, à son retour de camp de prisonniers de guerre, c'est mon grand-père qui assurrait l'intérim et l'habitude est restée. Je dois dire avec le recul que tous ces sévices corporels comme on dit maintenant m'ont été bénéfiques, je reviendrai probablement sur le sujet dans une autre page, toutes les fessées m'ont été bénéfiques sauf une que j'ai trouvée non pas injuste mais incompréhensible.

C'était un soir d'été et j'ai vu dans le jardin notre voisin qui pleurait sur l'épaule de mon grand-père par-dessus la petite clôture qui séparait nos maisons mitoyennes. Notre voisin avait une voiture, la seule de notre rue qui comptait cinquante-deux familles, une grosse limousine noire pleine d'angles droits. Il y avait alors parmi les copains de l'école, je ne me souviens pas si c'était encore la maternelle ou déjà la primaire, une rengaine qui circulait, une de ces rengaines que les gamins répètent à tout propos jusqu'à ce qu'elles passent de mode : “C'est la vie”. Le voisin racontait à mon grand-père qu'il venait d'avoir un accident et que si lui s'en était sorti indemne sa femme par contre était morte. J'ai cru malin de sortir un “C'est la vie”. Le grand-père a tourné la tête vers moi, a posé un bras du voisin sur la clôture, la tête du voisin sur le bras, est venu m'attraper, m'a emmené dans la véranda, s'est assis sur une chaise, m'a pris sur les genoux et m'a administré une raclée mémorable, la preuve ici, mais je ne savais vraiment pas pourquoi.

Des décennies après j'ai lu Abattoir 5 ou La croisade des enfants de Kurt VONNEGUT Jr. Le narrateur y a l'habi­tude d'ajouter, après la relation de faits plus ou moins horribles, par exemple le bombardement au phosphore de Dresde par les américains en 1945 qui a fait 130.000 morts (plus qu'à Hiroshima) : “C'est la vie”.

La dissémination dans ces page de ''C'est la vie'' est donc piquée à la fois à Kurt VONNEGUT Jr et à mes souvenirs d'enfance.

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Un peu de mathématiques amusantes maintenant.

Popaul a un capital de 54 € et Mimile un capital de 6 €. Le capital de Popaul se déprécie de 5% en 27 ans et le capital de Mimile se bonifie de 120% en 27 ans. Au bout de combien de temps Popaul et Mimile auront-ils le même capital ? La réponse est donnée par l'équation :

où  
x  est le nombre d'années qu'il faudra pour que les deux compères aient le même capital. La solution est environ 70,65 années, soit 70 ans et 8 mois. Les deux capitaux seront alors de 47,22 €.

Passons à un problème plus sérieux.

En raison de l'interdiction en France de statistiques portant sur les croyances religieuses les données ci-dessous sont des estima­tions. Elles sont le fruit de recoupements que j'ai faits à partir de divers sites internet français et étrangers et je pense qu'elles sont assez proches de la réalité.

Le nombre d'habitants de France de non musulmans pratiquants est se l'ordre de 54 millions, celui de musulmans pratiquants est de l'ordre de 6 millions. Le taux de fécondité des habitantes non musulmanes pratiquantes est d'environ 1,9 enfants par femme, celui des habitantes musulmanes pratiquantes d'environ 4,4. On peut se baser sur une période de fécondité de 27 ans et considérer que la polygamie, interdite en France, est dans les faits très peu pratiquée, et que donc le taux de fécondité d'une femme concerne une population de 2 personnes quelque soit la croyance.

Le temps qu'il faudra pour que, toutes choses égales, le nombre d'habitants musulmans pratiquants de France dépasse celui des habitants non musulmans pratiquants est donné par l'équation :

où  
x  est le nombre d'années qu'il faudra pour que les deux populations soient de même nombre. Cette équation est équivalente à celle ci-dessus concernant Popaul et Mimile, puisque 1,9/2=0,95 et que 4,4/2=2,2. La solution est donc d'environ 70,65 années, soit 70 ans et 8 mois. Les deux populations seront alors d'environ 47 millions chacune.

Vos gueules les bobos. C'est pas parce que Marine Le Pen pisse le matin après s'être levée et que moi aussi je pisse le matin après m'être levé que je suis adepte des thèses du Front National ou comment sais-je est son nouveau nom, Rassemblement National je crois. Ce parti a fait le même raisonnement mais sur des bases un peu différentes que je ne conteste pas, tant il est difficile comme je l'ai dit plus haut d'obtenir des chiffres fiables, et arrive à un point d'équilibre autour de 40 ans si ma mémoire est bonne.

La question n'est pas de savoir si ces calculs, qui reflètent autant que possible une réalité, sont d'extrême droite, d'extrême gauche ou comme moi d'extrême centre, la question est de savoir si un gouvernement quelque soit sa couleur ait le courage de prendre enfin le problème à bras le corps et le traite objectivement. Et il y a urgence, car s'il est exact que tous les musulmans ne sont pas des intégristes islamistes, il est tout aussi exact qu'à cause d'une intégration ratée (par notre faute active ou passive à tous) les communautarismes progressent à pas de géant.

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Dider est mort.

Didier a été notre ami pendant plus de vingt ans. Il y a cinq ans il a fait une tentative de suicide et est resté plusieurs semaines au service psychiatrie de l'hôpital civil de Vichy. Depuis il venait dîner ou déjeûner chez nous à peu près toutes les deux semaines. C'était un bon compagnon et un convive agréable : il avait un bon coup de fourchette et ses critiques franches m'aidaient à perfectionner mes plats. Il est venu pour la dernière fois le 15 décembre, au menu salade de pommes de terre au hareng fumé, chili con carne, gâteau de flan pâtissier maison, bordeaux-clairet bio. Au fromage nous avons eu une discussion un peu vive sur un sujet d'informatique, les fichiers PNG, et je lui ai rappelé peut-être un peu sèchement que j'étais ingénieur. Le repas a continué normalement et nous avons convenu que Didier dînerait avec nous le soir du 24 décembre, menu prévu terrine de foie gras de canard maison, lotte au poivre vert et vins d'Alsace.

Le 22 il s'est décommandé par un SMS formulé un peu bizarrement. Nous avons en vain essayé de le joindre par téléphone, SMS et e-mails. Le 24, après avoir pris conseil auprès d'amis communs, j'ai appelé la police qui m'a renvoyé chez les pompiers qui se sont déplacés. Un peu plus tard un psychiatre de l'hôpital civil de Vichy m'a téléphoné pour me dire qu'il avait Didier en face de lui et me demander pourquoi j'avais appelé les pompiers. Je lui ai répondu que j'avais craint une tentative de suicide. Il m'a dit que Didier se portait bien et allait rentrer chez lui. Je lui ai demandé s'il allait partager le soir notre foie gras et notre lotte et la réponse a été non.

J'ai pensé que Didier faisait la gueule à cause des fichiers PNG et des pompiers et, le lendemain, remis d'une indigestion de lotte au poivre vert, j'ai envoyé à l'amicale des pompiers un chèque de 50 € pour le déplacement inutile et à Didier un e-mail de reprise de contact qui est resté sans réponse.

Fin février on a retrouvé le cadavre de Didier à son domicile en état de décomposition avancée. Selon son télépho­ne portable et ses ordinateurs il s'est suicidé le 10 janvier, moins de trois semaines après qu'un psychiatre de l'hôpital civil de Vichy ait diagnostiqué qu'il se portait bien.

Vichy sera toujours Vichy.







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