Aznavour • Maman bobo • J'ai touvé 40 milliards • C'est la vie

Nous sommes le 15 octobre 2019. Avec la complicité de l'imbécile malfaisant qui dirige les État-Unis et qui ne lit jamais les notes de ses conseillers, les cons sont toujours très sûrs d'eux, c'est même à ça qu'on les reconnaît, avec la complicité de Donald Trump qui a fait retirer de Syrie les troupes américaines qui y servaient de tampon, l'armée turque massacre allègrement les combattants kurdes, ceux-là même qui ont amené la défaite des forces de Daesh, vous savez : l'État islamique qui vient commettre des attentats jusque dans nos salles de spectacles et nos promenades des anglais.

Le massacre de ces combattants hommes et femmes, femmes qui si elles sont faites prisonnières et n'auraient pas le temps de se suicider seraient violées ou lapidées selon qu'elles seraient désirables ou non, les combattants les moins fanatiques et les plus courageux de la région, se fait dans la quasi indifférence polie des gouvernants, qui toutefois désapprouvent et parfois condamnent. Quoi de plus normal : la Turquie est membre de l'OTAN soumise aux États-Unis et qui y entretient une de ses bases les plus importantes, et la Russie est un de ses principaux fournisseurs d'armes.

L'indifférence des gouvernés est elle ignorante. Quand j'ai évoqué le sujet avec un de mes voisins il m'a dit après s'être gratté le cul, c'est signe chez lui qu'il consacre toutes ses forces à son activité cérébrale et qu'il ne lui en reste plus pour préserver son image sociale : «Les kurdes ? Ah oui, Aznavour et tout ça !». Vichy sera toujours Vichy (mon voisin et moi habitons entre Vichy et Saint-Yorre). Indifférence ignorante et passivité : on cherche en vain des effigies de Trump cramant devant les ambassades et consulats américains.

Il est vrai que la situation est d'une telle complexité que mon voisin aurait de quoi se gratter le cul au moins jusqu'à la fin du mois.

D'un côté un président américain au niveau intellectuel apparemment aussi bas que sont front, qui fait de la diplomatie par Twitter, qui change d'avis plus souvent que de chemise et surtout ultra-aristotélicien : pour lui il n'y a que noir ou blanc, que bien ou mal, que vide ou plein, que bon ou méchant (“Finalement Kim Jong-un est une bonne personne”).

De l'autre côté un quasi dictateur turc, qui sous un aspect très propre sur lui cache un intégrisme islamique extrême, dirigeant comme j'ai dit plus haut un pays membre de l'OTAN soumise aux État-Unis et dont il héberge l'une des bases les plus importantes où sont stockées des dizaines de têtes nucléaires, et menaçant de relâcher vers l'Europe, si on les lui casse trop, les centaines de milliers de migrants réfugiés qu'il abrite.

En face un dictateur syrien au départ gentil et sympathique ophtalmologue qui en tant que dirigeant de la Société Informatique Syrienne introduit dès 1998 Internet dans son pays puis, arrivé au pouvoir suprême, fait libérer des centaines de prisonniers politiques pendant le Printemps de Damas et finit par devenir un tyran un peu malgré lui à cause de la lutte entre les clans religieux, politiques et ethniques et aussi pour réprimer des révoltes sociales provoquées par la crise économique consécutives entre autres à l'embargo américain de 2004. Tu suis ?

Au milieu : ce qui reste de Daesh État islamique démantelé entre autres grâce à l'action déterminante des forces kurdes, des milices d'opposants au dictateur syrien essentiellement dissidents religieux, et les kurdes justement, presque seuls combattants et combat­tan­tes au sol contre l'État islamique et pris en étau entre les restes de celui-ci, les milices d'opposants et les troupes d'invasion turques. Les kurdes, jusqu'ici plutôt opposés au régime syrien, viennent de conclure une alliance de circonstance avec celui-ci qui si elle se concrétisait ferait qu'alors ce seraient les restes de Daesh et les milices d'opposants qui se retrouveraient pris en étau entre les forces kurdes et les forces loyalistes syriennes. Et si le bouchon Daesh-milices sautait l'armée loyaliste syrienne serait directement confron­tée à l'armée d'invasion turque. Et la Turquie est membre de l'OTAN dont un article fondateur prévoit qu'une attaque contre un membre de l'Alliance est considérée comme une attaque dirigée contre tous les Alliés. Tu suis toujours ? Tu comprends pourquoi mon voisin en aurait jusqu'à la fin du mois à se gratter le cul ?

•※•

Ce même 15 octobre 2019 les infirmières manifestaient partout en France. Leurs conditions de travail de plus en plus dégradées, manques d'effectifs, heures supplémentaires pléthoriques mais mal payées malgré des salaires de misère, sont aussi celles des policiers et des pompiers qui les ont rejointes dans leurs protestations. Toutes et tous continuent à assurer leurs missions avec compétence et, on se demande comment cela leur est possible, presque toujours avec disponibilité et dévouement. Ils constituent en général des illustrations parfaites de l'esprit de service public.

Les politiques reconnaissent la légitimité de leurs revendications et se tournent le doigt dans le fondement dans le sens des aiguilles d'une montre pour trouver quelques centaines de millions d'euros pour remédier un tout petit peu à la situation.

•※•


Bon. Imagine maintenant une très grande société, disons de près de 150.000 salariés et faisant un chiffre d'affaires annuel de plus de 30 milliards d'euros. Et qui afficherait une dette de plus de 50 milliards. Elle déposerait son bilan et les créanciers en seraient pour leur frais. Dans l'os, les 50 milliards, amis banquiers. Parce que les créanciers seraient essentiellement des banques. L'activité de la société serait vitale pour la nation, pas grave, il existe des solutions pour poursuivre l'activité sans interruption – société nouvelle, plan de continuation, nationalisation, etc. Imagine à présent que l'état reprenne à son compte 40 milliards de dettes. C'est-à-dire évite aux banques, avec l'argent de vos impôts, de plonger de 40 milliards. Dingue, non ?

Pas si dingue que ça. Emmanuel Macron, président des très riches, a fait reprendre par l'état 40 milliards de dettes de la SNCF. Et en l'espèce l'état c'est toi, c'est toi qui va douiller, ami lecteur amie lectrice, ô mon frère ô ma sœur.

Cependant les politiques continuent à se tourner le doigt dans le fondement dans le sens des aiguilles d'une montre pour trouver quelques centaines de millions d'euros pour remédier un tout petit peu à la situation des infirmières, pompiers et policiers.

•※•

Ce même 15 octobre 2019 de par le monde des milliers d'hommes, de femme et d'enfants sont morts de faim et des milliers d'autres sont morts massacrés, abattus ou explosés, certains torturés ou violés. Comme hier le 14. Et demain le 16. C'est la vie.








Site non commercial créé en 1999. © Hans Fraehring et ceux des œuvres phot­ogra­phiées. Responsable légal : Hans Fraehring. Tous les sites de cet espace sont sans publicité, sans cookies, sans Twitter, sans Facebook et assimilés depuis 1998. Ils ne font appel à aucun artifice pour être référencés en tête par les moteurs de recherche. Si vous les avez aimés signalez les à vos amis.